Comment avez-vous découvert les nouvelles de Lajos Parti Nagy ?
À l’origine, j’avais l’intention de faire un film adapté d’écrivains contemporains
hongrois. Malheureusement, le projet s’est très vite avéré irréalisable. J’étais sur
le point de tout jeter à la poubelle quand je me suis aperçu qu’il y avait deux
nouvelles, Hullámzó Balaton et Fagyott kutya lába de Lajos Parti Nagy dont je
n’arrivais pas à me séparer. Je me suis alors souvenu de la structure classique
des sagas familiales dans la littérature. Les deux nouvelles de Parti Nagy pouvaient,
selon moi, s’adapter parfaitement à ce genre si particulier jusqu’à en devenir la
charpente du film.
Comment s’est fait le choix des acteurs ?
La sélection des acteurs est le résultat d’un travail de casting laborieux qui a duré
plus d’un an. Contrairement à l’usage en Hongrie, nous avons engagé un directeur
de casting, Attila Réthly, qui est aussi metteur en scène. Nous avons d’abord
cherché des comédiens professionnels. Nous avons pratiquement rencontré tous
les comédiens de Hongrie ! Mais il restait toujours des rôles non attribués et nous
avons donc dû élargir nos recherches et sortir des sentiers battus. Nous sommes
allés dans les cafés, les associations de Sumo, magasins de vêtements pour taille
extra large, concours de beauté pour obèses… C’est par ce biais que nous avons
découvert Gergely Trócsányi, le chanteur du groupe Hollywoodoo, qui joue le rôle
de Kálmán.
Hic vous a d’emblée imposé comme un auteur.
Quelle évolution vous semble la plus marquante entre vos deux films ?
Taxidermie est peut être plus radical, sans que j’ai eu pour autant ni l’intention,
ni l’impression de repousser des tabous. En fait, j’espère juste avoir réussi à faire
un film instinctif sur la perfection et l’imperfection de l’Homme
Votre film donne l’impression qu’à travers la vie des trois héros, vous
avez aussi voulu raconter l’histoire récente de la Hongrie. Pensez-vous
que l’histoire quotidienne des individus est indissociable et accompagne
toujours celle de leur pays ?
La vie d’un individu est déterminée par le lieu et l’époque où il vit. De ce constat,
c’est très vite imposer à moi l’idée que chaque époque évoquée dans le film
apparaisse très clairement à l’écran. De plus, la structure même du roman de
famille rendait cette conformité à l’époque inévitable.
Votre film montre des personnages en lutte contre leur destin…
Chaque génération réagit très différemment face à la vie : Vendel subit plus qu’il
agit, Kàlmàn cherche la gloire alors que son fils, Lajos, aspire à l’éternité. Tous
les trois sont des hommes qui luttent. Ces gens-là veulent toujours un peu plus
que ce qui leur est échu.
La sexualité occupe une grande place dans l’existence des trois héros.
Des fantasmes érotiques de Vendel en passant par l’amour, sans espoir,
de Lajos pour la jolie caissière...
Leur sexualité occupe la même place que celle d’un individu moyen. Dans
Taxidermie, cela peut paraître disproportionné parce que cette partie de la vie est
toujours traitée avec beaucoup de pudeur au cinema. Il m’est difficile de faire
abstraction du fait que chaque fois que je vais aux toilettes j’établis un lien avec
mon sexe…
Il y a beaucoup d’humour noir dans votre film….
L’humour est important. S’il caresse l’idée de la mort, il devient aussitôt noir. Mais,
je ne fais pas de distinction dans l’humour. C’est d’ailleurs ma manière à moi de
tempérer les situations difficiles et d’adoucir les choses dures.